our mad, mad world // dylan
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Sidney D. Jimenez
tatoueuse & youtubeuse + biche
Dim 1 Juil - 21:36

Feat dylan

our mad, mad world.

Elle a éteint les dermographes, fermé la grille du salon ; elle est restée plus tard, ce soir, elle a dit nettoyé le matos, elle pensait tuer le temps, noyer les pensées dans l’occupation.
Mais c’était pas assez, le silence leur a laissé la place toute entière — elles ont rampé dans les coins de son esprit puis ont pris toute la place, jusqu’à ce qu’elle ne soit plus capable d’autre chose que de se parler à elle-même pour tuer le vide.

Maintenant, elle file les pavés, elle traîne les rues,
elle zone, elle marche et frôle les murs, écouteurs vissés dans les oreilles mais sans musique pour la faire danser ; ce soir ballerine poupée cassée n’a ni la voix ni l’élan qu’il faudrait.
Elle ne se retourne même pas quand on la siffle — elle qui aime tant leur rire au nez, elle qui aime tant les provoquer, la tête haute, le rire aux lèvres, le majeur levé. Elle qui joue si souvent avec le feu sans s’y brûler, ce soir elle est glaciale ; elle rentre la tête dans les épaules et presse le pas, comme toutes les autres, les midinettes de minuit au mauvais endroit au mauvais moment.
Elle n’écoute pas les rires gras, les t’es bonne qui se changent en salope qu’on crache dans son dos parce qu’elle ne leur a pas adressé le moindre regard — et qu’elle n’est qu’une femelle dans un monde de chiens.

Elle se fondrait presque dans la nuit chaude de l’été ; voudrait. Y’a comme un parfum lourd d’orage et de pluie dans l’air — sensation amère que ce n’est nulle part ailleurs que dans sa tête que les nuages s’amoncellent et le mauvais temps menace ; elle entend presque de là les grondements lointains du tonnerre qui résonnent dans tous les coins de sa boîte crânienne.

Ce soir, elle voudrait bien s’oublier ;
balayer en trois gorgées brûlantes le poids de ses idées — ce soir, ce soir elle sent le monde entier sur ses épaules, peser, peser si lourd qu’elle peine à mettre un pied devant l’autre.
Et pourtant, pourtant ce n’est rien d’autre que le poids de sa bêtise — vingt-trois maigres années de pas de côté, immenses sous ses yeux mises bout à bout et quand elle songe qu’elle en a tant encore à gâcher, des années qui restent à aligner de travers.

Elle se hait, négative.
Elle se hait quand elle ne sait pas rire, quand elle est fille fragile, enfant blessée ; elle se méprise quand elle n’est pas la femme forte, la femme modèle, la grande soeur et qui inspire.
C'est que quelque chose manque, ce soir, comme un creux qu’elle ne sait pas combler, et qu'elle tente en vain d'ignorer.

Elle pousse la porte d’un bar — et ça pue le mâle, ça lui prend à la gorge ; y’a que ça, des types qui l’ignorent ou la matent chelou, des vieux et des jeunes, quand même deux-trois nanas, mais qui sont surtout de l’autre côté du bar, pas plus vieilles qu’elle, des étudiantes qui arrondissent leurs fins de mois comme elles peuvent.
Elle n’aime déjà pas cet endroit — son instinct lui gueule de fuir.

Mais elle avance, elle se moque du monde, elle se moque des hommes, des mâles. Elle se moque des regards en travers — habituée, lasse, ce soir elle n’a pas le coeur à changer le monde.
Le temps d’un échange de regard compatissant, elle se ranime ; elle souffle le nom d’une quelconque boisson alcoolisée qui saura décaper le dedans des idées noires, et la barmaid s’active, les gestes précis et comme répétés mille fois, mais avec ce quelque chose d’hésitant — comme si elle lui disait, tu peux encore renoncer.
Elle n’écoute pas la raison silencieuse, descend une gorgée qui la fait grimacer — fort, trop fort, pourquoi fait-elle ça, déjà ?

Il y a un geste, une odeur soulevée, familière dans sa direction ; elle lève les yeux de son verre et balaie du regard ce qui l’entoure — et elle te trouve, trois tabourets plus loin. Toi et ton profil qu’elle reconnaîtrait entre mille, elle doit l’avoir connu sous tous les aspects. Léger ou concerné, tendre ou inquiet, rieur ou renfermé ; elle a appris à deviner quand toi aussi, tu te perds au dedans — elle a comme l’impression que ce soir est un de ces instants-là.

L’ironie la ferait presque rire ;
deux âmes à la dérive.

Elle se glisse en pas légers dans ton dos, te donne une tape légère sur l’épaule et souffle un « Hey » à voix basse, penchée sur ton oreille. Elle grimpe sur le tabouret à ta droite, gagne quelques centimètres au dessus du sol — son regard, sur toi, entre le soucieux et le sarcastique.

« Vous vous mettez souvent misère tout seul, Lieutenant ? »

Elle veut garder la face, alors elle fait mine — mine de rire.
Mais au dedans, si tu savais,
si tu savais toute l’inquiétude à ton égard, en un instant.


Sidney revendique en #46D6F0.

thx north ♡




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